Transformation durable vs. digitale – un possible mariage d’amour ?

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La semaine dernière, nous avons présenté l’étude « Comment la RSE change l’entreprise » à un auditoire de directeurs de la RSE, des RH, HSE, Risques et Transformation – venant des secteurs bancaire, pharmaceutique, assurance, service, industrie, et plus – mes excuses pour ne pouvoir les citer tous – nous étions plus d’un 40aine.

Jacob Mayne (cabinet conseil New Angles) et moi-même (Cécile Demailly, cabinet conseil Early Stratégies)*, avons parlé de cette recherche qui nous a occupés plus de 6 mois, à trois chercheurs (la troisième chercheure de notre trio, Amanda Harding, était dans la salle) plus une ingénieure de recherche – soit environ 9 mois/hommes de travail.

L’étude, vendue comme outil de réflexion stratégique, de sensibilisation et véhicule pour aborder les questions ‘difficiles’ avec le comité exécutif et le management, est largement présentée sur notre site dédié.

J’aimerai ici parler des convergences potentielles entre la transformation digitale et le développement durable en entreprise.

A mi-présentation, j’ai commenté sur l’un des enseignements tirés de la recherche : à 60%, donc une large majorité, les 130 décideurs de grandes entreprises interrogés pensent que l’impulsion du changement doit venir de partout dans l’entreprise. Tout un chacun doit s’approprier la RSE et le développement durable, et l’intégrer dans ses pratiques, ses décisions journalières et ses plans. Le reste des réponses penchent pour une responsabilité de l’équipe de direction, et pour un tout petit groupe (d’avant-gardistes ?) pour une impulsion ascendante (bottom-up).

Pour moi, ce résultat, ces 60% qui voient la « transformation durable » comme une responsabilité holistique et omniprésente, n’est autre que la confirmation que l’intelligence collective entre en vigueur dans les entreprises. Peut-être pas encore dans la pratique, mais en tout cas dans les intentions et dans les motivations. Et comme un autre de mes domaines d’expertise est la transformation digitale, qui permet de donner vie à l’intelligence collective via la collaboration et le partage non-hiérarchisé des expertises et des connaissances, c’est un enseignement à la fois important et mobilisateur.

Comment expliquer ce résultat ? Probablement parce que les décideurs qui ont participé à notre recherche ont adopté la transformation digitale. Si la question posée sur l’impulsion du changement n’était pas ouvertement liée à la transformation digitale, une autre des questions l’était : nous avons demandé à nos décideurs ce qu’il pensaient du niveau de maturité de leurs entreprises en matière de ‘transformation digitale’ et en matière de ‘transformation durable’. La majorité des réponses montraient que une avance pour le digital – en d’autres termes, l’adoption du digital est plus avancée que l’adoption de la responsabilité sociale et environnementale. L’étude donne bien sûr plus de clés, des exemples et bonnes pratiques, et les questions pertinentes à se poser.

Nous avons débattu avec les personnes dans la salle de ces liens entre digital et durable. Voici quelques-unes des remarques et des questions posées :

  • Quel domaine est le plus en avance – digital ou durable ? (voir ci-dessus)
  • Quels sont les budgets, et comment se comparent-ils ?
  • Pourrait-il y avoir un effet levier, ou une synergie entre les deux domaines?
  • Y a-t-il des risques à combiner ces domaines, des antagonismes ?

Autant de questions très intéressantes qui feront probablement l’objet de questions spécifiques dans la mise à jour de la recherche que nous ferons pour 2019.

Pour ma part, je suis convaincue qu’une synergie intelligemment articulée est utile, mais plus, qu’elle est à la fois inévitable et incontournable.

Le digital est un outil : les objectifs de performance et d’économies que personne ne conteste (même s’ils font grincer des dents) sont des objectifs éminemment terre à terre, de survie, tout en bas de la pyramide de Maslow de l’entreprise. La vision et la mission de l’entreprise (qui, dans une pyramide de Maslow de l’entreprise, seraient dans le haut) ne sont pas nourries par la transformation digitale. De nos jours, le « big hairy audacious goal » que James C. Collins et Jerry Porras décrivaient en 1994 comme l’objectif stratégique visionnaire et puissamment motivant qui fait la différence pour qu’une entreprise vive longtemps (cf. leur livre « Built to Last: Successful Habits of Visionary Companies ») peut venir du développement durable et de la responsabilité sociale et environnementale des entreprises. Ces entreprises que nous admirons, multinationales et startups, que les GenY et les millenials veulent rejoindre, qui motivent leurs troupes, sont aussi celles qui veulent changer le monde, et en faire un monde meilleur.

Le digital n’a jamais été, et ne sera jamais une fin. Dans l’étude publiée par Early Strategies l’année dernière, « Management Intermédiaire versus Transformation Digitale », la question du sens ressortait en filigrane dans beaucoup des réponses. L’adhésion les décideurs aux objectifs de performance et d’accélération était facilité par la finalité de leur rôle dans ce changement, à savoir donner du sens à l’information, de plus en plus granulaire, volumineuse et sibylline. De plus, l’étude a mis en lumière deux signaux faibles : la possible perte d’humanité, et l’inutilité du reporting ponctuel d’indicateurs, demandé parfois à outrance par les comités exécutifs, car non pertinent sur la santé de l’entreprise et du marché.

Le développement durable peut être le supplément d’âme dont la transformation digitale a besoin. Une alliance CDO/CSO (Chief Digital Officer, Chief Sustainability Officer) est très complémentaire, quand on y pense : l’un a le budget, l’autre a le sens. L’un a la mécanique, l’autre a le carburant. L’un amène le lien, l’autre le contenu.

Ça mérite d’être exploré en profondeur. Qu’en pensez-vous ?

Si vous avez des commentaires, merci de les poster sur LinkedIn ici.

 

* Encore merci à Turningpoint qui nous a accueilli pour ce petit déjeuner dans un cadre lumineux, et à Olivier Pelleau et Nicolas Riom pour leur témoignages. 

Crédits photos : Turningpoint , @amandaharding @CSRexecs @emmlulu